La terre en a vu d'autre

Je raconte l'histoire du climat de la Terre depuis son origine il y a de cela 4.5 Ga jusqu'à nos jours. Par la même occasion, je parle de la position des continents et des extinctions qui ont affecté notre planète.

Ça a commencé avec le Big Bang il y a environ 13.5 Ga! Alors que l'univers n'a "que" 3,7 Ga et est encore jeune, se forment les galaxies de l'Amas Local, comprenant la Voie Lactée. Presque 7 Ga plus tard la grande diversité des planètes du système solaire s'est alors mise en place.

Il y a 4,55 Ga naît la Terre. Au tout début, elle était une boule de lave à 2,000 oC qui s'est refroidie lentement. Depuis, beaucoup de temps a passé et la Terre a subi de nombreuses glaciations et de périodes interglaciaires. De plus, à cause de la tectonique des plaques, les continents ont dérivé autour du globe avant de se rejoindre ou de se rapprocher après s’être écartés pendant un temps.

Pour bien situer le sujet, on va commencer par donner quelques notions sur les temps géologiques et les mesures de température. On passera ensuite au vif du sujet, l'histoire de la Terre.

Les temps géologiques

Depuis son origine jusqu'à nos jours, il a fallu diviser l'âge de la Terre en éons, ères, périodes et époques.

Le tableau qui suit donne une vue d'ensemble de ces périodes et des événements qui s'y sont succédés. Les événements qui sont reliés à cet articles apparaîssent colorés en bleu dans le tableau.

Tableau I - Échelle des périodes géologiques et
des événements qui les ont marquées
Eons Échelle géologique (ères) Périodes Époque période approximative
 (Ma)
Événements marquants
Phanérozoïque

Cénozoïque
de - 65 Ma
à nos jours

Quaternaire

Holocène

-10,000 années à nos jours 

- Agriculture et sédentarisation;
- Extinction actuelle  encore en cours;

Pléistocène

- 0.01 à -2

- Cycles glaciaires dans l'hémisphère nord: Würm, Riss, Mindel, Günz et Donau
- Extinction des mammifères géants;
- Évolution de l'homme moderne.
- Stade interglaciaire, climat comparable au climat actuel

Tertiaire

Pliocène

- 2 à-5

- Glaciation de Biber. 
- Avancée glaciaire et diminution du niveau marin de 100 mètres

Miocène

- 5 à - 24

- Séparation de la lignée humaine et de la lignée des chimpanzés
- Formation de la calotte glaciaire antarctique

Oligocène

- 24 à - 37

Nombreuses nouvelles espèces de petits mammifères

Eocène

- 37 à - 58

Paléocène

- 58 à - 66

Mésozoïque
de -245 Ma 
à -65 Ma

Crétacé

 

- 66 à - 144

- Isolement de l'Euramérique;
- Extinction des dinosaures;
- Premiers mammifères placentaires.
- Isolement de l'Afrique

Jurassique

 

- 144 à -  208

- Mammifères marsupiaux;
- Premiers oiseaux;
- Premières plantes à fleurs
- Division de la Pangée

Triasique

 

- 208 à - 245

- Extinction du Norien
- Premiers dinosaures
- Mammifères ovipares

Paléozoïque
de -540 Ma 
à -245 Ma

Permien

 

- 245 à - 286

- Extinction massive du Permien (90% des espèces);
- Formation de la Pangée

Carbonifère

 

- 286 à - 360

- nombreux insectes ;
- premiers sauropsides ;
- arbres primitifs de grande taille 

Dévonien

 

- 360 à - 408

- premiers Amphibiens;
- Ptéridophytes : prêles, fougères
- Extinction du Dévonien (75% des espèces)

Silurien

 

- 408 à - 438

- premières plantes terrestres;
- abondance d'algues calcaires dans les mers

Ordovicien

 

- 438 à -  505

- algues simples et récifales ; 
- prédominance des invertébrés;
- Extinction de l'Ordovicien (60% des espèces);
Cambrien   - 505 à -  570 - diversification majeure;
- premières algues vertes et algues rouges;
- Rassemblement de la Pangée
Protérozoïque Précambrien
de -4.6 Ga
à -540 Ma
Néozoïque

 

- 2 500 à - 570 - premiers métazoaires, vers et Slentérés
- glaciation Varanger;
- formation du continent Rodinia
Mézozoïque

Paléozoïque

- émergence du continent Columbia;
- Glaciation Huronienne;
- premiers eucaryotes ;
- apparition de l'oxygène O2
Archéen   - 3 800 à 
- 2 500
- disparition du méthane CH4 ;
- disparition du CO2 ;
- archéobactéries Eubactéries
Hadéen -4 600 à 
-3 800
- formation des océans par condensation de l'eau de l'atmosphère composée de N2, de CO2 et de CH4;
- solidification de la croûte terrestre ;
- refroidissement de la Terre

Comme on peut le voir, notre planète est passée par diverses périodes depuis sa genèse il y a un peu plus de 4.5 Ma. Son histoire n'a pas été monotone: il y a eu de nombreux bouleversements qui n'ont pas empêché l'éclosion de la vie.

Méthodologie des mesures de température

Pour savoir comment évolue la température, la première chose est de pouvoir la mesurer. Cela semble évident, mais c'est pourtant une sérieuse limitation quand on parle d'évolution de la température moyenne au cours du temps, car une moyenne n'a de sens que si on dispose de suffisamment de points de mesure, et qu'en outre la mesure est toujours effectuée de la même manière, pour éviter les différences simplement liées au fait que l'on a changé de méthode. Il faut noter que les mesures de température directes (avec un thermomètre) ne sont disponibles que pour les derniers 150 ans.

Pour estimer des changements de température de surface antérieurs, il faut ainsi utiliser les quelques longs enregistrements disponibles, ou des documents historiques, ainsi que des archives naturelles qui sont des sources d'information sur le climat provenant d'archives naturelles comme les cernes de croissance des arbres, les carottes glaciaires, les coraux, les sédiments lacustres et océaniques, les pollens ou d'archives humaines comme les enregistrements historiques et journaux, qui peuvent être utilisés pour estimer les conditions climatiques avant la période moderne.

Le précambrien (-4.5 Ga à -600 Ma)

Le précambrien s'étent sur une longue période, soit de la formation de la terre vers -4.5 Ga jusqu'à -600 Ma. Peu après la formation de la Terre, la première atmosphère, rapidement balayée par les vents solaires, était composée d'hydrogène, d'argon, d'azote, de néon et d'hélium. Peu à peu, le dégazage du manteau terrestre a donné naissance à une atmosphère primitive riche en vapeur d'eau (à hauteur d'environ 20%). La Terre s'est alors progressivement refroidie. L'eau sous forme de vapeur (les températures étaient alors supérieures à 100°C) a commencé à se condenser. Il devait donc probablement pleuvoir des trombes d'eau sur la planète. Ces pluies sont à l'origine des océans.

Autre caractéristique de la météo de l'époque : la forte chaleur. Mais le responsable de ces hautes températures n'est certainement pas le Soleil, dont l'intensité lumineuse était inférieure de 30% de sa valeur actuelle. Non, il faisait chaud à cause d'un important effet de serre. Car l'atmosphère primitive, beaucoup plus dense qu'aujourd'hui, était  riche en méthane, dioxyde de soufre, ammoniac et, en plus de la vapeur d'eau, en dioxyde de carbone (CO2). Or le CO2 est un gaz à effet de serre : il piège, dans l'atmosphère, les rayonnements infrarouges que la Terre renvoie d'ordinaire au Soleil. L'énergie de ces rayons captifs contribue alors à réchauffer la planète. Sans cet effet de serre, la Terre grelotterait sous -18 °C ! En quelques centaines de millions d'années, ces masses d'eau dissolvent le CO2 atmosphérique. L'effet de serre diminue peu à peu, comme la température. Le climat se stabilise alors et la soupe chaude primitive que constituent les océans permet l'apparition de la vie, il y a de cela 3,8 Ga.

Un premier méga-continent: Columbia

 

Columbia (également connu sous les noms de Nuna et, plus récemment d'Hudsonland ou Hudsonia) est le nom d'un des premiers supercontinent qui aurait existé il y a environ 1,5 à 1,8 Ga pendant l'ère protérozoïque. Columbia s'est formé tout au long d'une période de collision et d'orogenèse à grande échelle s'étendant de 2,2 à 1,8 Ga, il comprenait la plupart de masses continentales de la Terre [Wikipedia].

Premières glaciations

La Terre connaît vraisemblablement ses premiers grands froids il y a 2,3 Ma, lors de la glaciation huronienne. Le climat se refroidit sur quelques millions d'années, si bien que les calottes polaires rejoignent peu à peu les tropiques. La glace réfléchit alors une grande partie des rayons solaires: ils sont renvoyés dans l'espace sans réchauffer la Terre. Le refroidissement s'accélère. Les glaciers gagnent l'équateur. Les océans gèlent, probablement sur 800 à 1000 mètres de profondeur.

Voilà la deuxième grande période froide de l'histoire de la planète. Ce laps de temps est surtout marqué par deux glaciations: la glaciation Sturtienne entre -750 et 700 Ma) et la glaciation Varanger qui se termina vers -630 Ma, et a duré 30 Ma. La Terre se transforme alors en boule de neige cosmique. Les températures chutent à -50°C. Tous les continents sont couverts de glace, ainsi qu'une grande partie des océans. Les calottes glaciaires s'étendent jusqu'à l'équateur. Il est possible que lors de cette période, la Terre se soit redressée sur son axe. Ce changement l'angle entre l'axe de rotation de la Terre et la perpendiculaire au plan de l'orbite terrestre autour du soleil a pu chambouler le climat.

Un deuxième méga-continent: Rodinia

Il y a 700 Ma, un mégacontinent, Rodinia, rassemblait toutes les masses continentales. Par la suite, ce mégacontinent s'est fragmenté et des morceaux de croûte continentale ont commencé à "dériver" les uns par rapport aux autres, entraînés par le déplacement de plaques tectoniques relié à la fabrication de nouveaux planchers océaniques et au processus du tapis roulant. La Figure 1 montre la position du continent Rodinia il y a 600 Ma, soit à la fin du Précambrien.

Figure 1 - Emplacement des continents il y a 600 millions d'années
[Source: Le démembrement de la Pangée]
Rodinia

Le paléozoïque (de - 600 Ma à -250 Ma)

Le paléozoïque qui s'étend de -600 Ma à -250 Ma a été marqué principalement par de grandes extinctions. À la fin de l'Ordovicien, il y a 440 Ma, lorsque la vie était encore cantonnée dans les mers, nombre d'espèces de trilobites, planctons et coraux ont périclité en un bref intervalle de temps, probablement moins de 500 000 ans. Cette extinction semble correspondre avec la glaciation Andéenne-Saharienne qui s'est étendue de -450 à -420 Ma. À cette période, les terres émergées étaient regroupées en cinq continents, quatre de petite taille et un de grande taille: le Gondwana qui coïncidait avec le Pôle Sud.

Tout aussi spectaculaire est la grande extinction de la fin du Dévonien, entre -370 et -360 Ma, quand les espèces sont à nouveau décimées, apparemment en plusieurs vagues successives. Le plancton et les écosystèmes coralliens sont le plus durement touchés, de même que trilobites, brachiopodes et poissons primitifs.  Encore une fois, cette extinction semble correspondre assez bien avec la glaciation Karoo qui s'étend de -360 à -260 Ma [Vie et Terre].

La fin du Permien a été marquée, voici environ 245 Ma, par la plus dramatique extinction de masse jamais enregistrée. Cette extinction a touché plus de 95% des espèces. Comme pour les autres grandes extinctions de masse, les causes exactes restent à déterminer. Cependant, il est peu probable qu’un seul évènement en soit la cause. Il est beaucoup plus vraisemblable qu’une série d’évènements ait abouti à cette catastrophe.

Le mézozoïque (de -250 Ma à -65 Ma)

Suivit une longue période de rétablissement de la biosphère marine et terrestre (diversification des amphibiens et des premiers reptiles), qui ne connut pas de bouleversements majeurs jusqu'au coup d'arrêt d'une nouvelle extinction de masse, il y a environ 250 Ma. Cette grande extinction de la fin du permien vit la disparition de toutes les espèces marines et terrestres, y compris de la grande majorité des amphibiens et des reptiles. La première cause fut, semble-t-il, une éruption volcanique géante qui survient dans notre Sibérie actuelle où la lave s'écoule de profondes fissures de l'écorce terrestre sur des milliers de kilomètres, le ciel devient pourpre en raison du taux élevé de poussières rejetées dans l'atmosphère. La température de l'eau augmenta entraînant la mort des espèces marines.  C'est alors qu'un nouveau phénomène entra en action. Les eaux de plus en plus chaudes libérèrent le second tueur venu du fond des océans: le méthane. La libération d'énormes quantité de méthane, gaz à effet de serre, augmenta la température du globe de 4 à 5°C. Le réchauffement global entraîna un accroissement de la température moyenne de la Terre de 10°C.

L'extinction de la fin du triasique ou grande extinction du Norien, environ entre -199 et -214 Ma, a été probablement causée par des éruptions volcaniques créant de gigantesques flots  de laves depuis la zone magmatique au centre de l'Atlantique, un événement qui déclencha l'ouverture de l'océan. Le volcanisme peut avoir apporté globalement une chaleur mortelle. Des roches, issues des éruptions, sont retrouvées aujourd'hui à l'Est des USA, à l'Est du Brésil, en Afrique du Nord et en Espagne. La mort frappa 22% des familles marines, 52% des espèces marines. La disparition des vertébrés n'est pas encore éclaircie. Les indices d'impacts sont nombreux mais le plus évidents est le cratère de Manicouagan datant d'environ -210 Ma

Un troisième méga-continent: la Pangée

Il aura fallu plus de 200 Ma pour rassembler tous les morceaux de la Pangée qu'on voit à la Figure 2, soit de l'Ordovicien au Permien. Il y a 300 Ma environ, tous les continents étaient rassemblés en un vaste ensemble unique, la Pangée. Cet énorme supercontinent a commencé à se fragmenter et à se dissocier il y a plus de 200 Ma. Il en faudra 200 autres, soit de la fin du Triasique à aujourd'hui, pour disperser les morceaux de la Pangée, une dispersion qui se poursuit toujours. Puisque ces événements sont les plus près de nous, en temps, nous avons des détails plus précis, surtout qu'en plus, cette fois, nous connaissons les planchers océaniques.

Figure 2 - Emplacement des continents il y a 180 millions d'années
[Source: Le démembrement de la Pangée
La Pange

Le cénozoïque (de -65MA à nos jours)

Il y a 65 millions d'années, la Terre est en pleine période interglaciaire. La chaleur est telle que les températures polaires varient entre 10 et 20°C et les calottes glaciaires ont disparu. Les palmiers poussent en Alaska alors que le niveau des mers est 200m plus haut qu'aujourd'hui.

Tout à coup, brutalement, le climat refroidit, entraînant au passage des extinctions de masse, dont celle des dinosaures. Cette fois, ni le Soleil, ni les phénomènes gravitationnels ne sont en cause. Les spécialistes pointent plutôt du doigt le volcanisme ou la chute d'une météorite de quelques kilomètres qui a créé le cratère de Chicxulub près de la péninsule du Yucatan au Mexique. Ces deux événements induisent en effet une même conséquence : l'obscurcissement du ciel dû à la projection de poussières dans l'atmosphère .

Figure 3 - Emplacement des continents il y a 50 millions d'années
Continents il y a 50 Ma

Il y a 50 millions d'années, le créneau laissé par toutes les espèces disparues est rapidement comblé par des mammifères de toutes formes et toutes tailles. Pour ce qui est de l'environnement, il ressemblait de plus en plus au nôtre malgré la disposition un peu différente des continents comme on le voit à la Figure 3. Les arbres et les fleurs étaient identiques aux variétés actuelles et la plus grande partie de la terre était recouverte de forêts.

Comparés aux mammifères actuels, de nombreux mammifères de la période Eocène avaient l'air bizarres et maladroits. Mais il faut se souvenir que l'évolution se fait lentement et que ces animaux étaient nouveaux pour ce genre de vie. Nous pouvons les considérer comme des mammifères "expérimentaux".

La période Oligocène allant de 38 à 26 Ma fut une époque de grands changements. Après l'explosion initiale de l'âge des mammifères, les groupes commencèrent à s'ordonner et certains animaux commencèrent à ressembler de manière étonnante à ceux que l'on trouve actuellement tandis que certains mammifères primitifs disparurent.

L'ère quaternaire a débuté il y a 1.8 millions d'années. Elle va correspondre à un refroidissement généralisé. Des périodes glaciaires vont alterner avec des phases de réchauffement, les interglaciaires. Le climat entre -1,8 Ma et -120 000 est moins bien connu. Il correspond toutefois à un refroidissement avec une alternance de périodes glaciaires (Günz, Mindel, Riss) et de périodes de réchauffement [Journal du Net, Vie et Terre, Énigme résolue].

Le Pléistocène

Le retour plus ou moins régulier des périodes glaciaires est l'une des caractéristiques principales de l'histoire de la Terre. Commencée il y a près de 2 Ma, la période quaternaire est extrêmement mouvementée. En effet, au début du quaternaire (notre ère actuelle), la Terre connaît des variations de son orbite et de légères modifications de son axe de rotation. Ces glaciations correspondent à la mise en place d'un climat plus froid et au retour cyclique de périodes froides (dites glaciaires) et tempérés (interglaciaires).

Le climat entre -2.1 Ma et -120 000 ans n'est pas très bien connu car seule l'extension des glaciations récentes peut-être retracée parce qu' elles ont effacé les marques des glaciations antérieures, tout comme le font les processus morphoclimatiques interglaciaires. Les glaciations quaternaires sont dénombrées à partir des sédiments et des fossiles marins. En revanche, les témoignages antérieurs sont très ténus et reposent sur l'identification de dépôts d'origine glaciaire dans des formations sédimentaires. Le quaternaire correspond toutefois à un refroidissement avec une alternance de périodes glaciaires:

Notre interglaciaire

Figure 4 - Courbe des températures pendant l'Holocène
[Source: Le climat et la dérive des continents]
Tempratures de l'Holocne

Il y a environ 10 000 ans, l'Interglaciaire qui se poursuit aujourd'hui et qui correspond à l'Holocène a débuté. Il s'agit d'une période chaude qui suit la dernière glaciaire du Pléistocène appelée glaciation de Würm.

Suite au dernier maximum glaciaire survenu il y a  18,000 ans, un réchauffement climatique général a ensuite entraîné une déglaciation continue jusqu'à aujourd'hui, avec un maximum de réchauffement il y a environ 8,000 ans. À ce moment, la température moyenne est de l'ordre de 2°C supérieure à l'actuelle. Ainsi, la différence de température moyenne entre ces deux évènements est-elle de l'ordre de 6-7°C.

Comme on peut le voir à la Figure 4, la suite n'est pas monotone: on a identifié six petites glaciations ainsi que de multiples interglaciaires au cours des 6.000 dernières années, les petites glaciations étant définies comme des fluctuations significatives à la baisse survenant en quelques siècles.  La première commence par une phase froide, les oscillations de Palü (crue des glaciers vers -9,000 ans), suivies du premier optimum postglaciaire (-9,000 à 6,000 ans). Des oscillations plus faibles sont toutefois documentées durant celui-ci: celles du Schams (-8,700 à -7,700 ans.) et du Mesocco (-7,500 à -6,000 ans). Dans la seconde période (-5,500 ans à nos jours), les variations se suivent à un rythme irrégulier et assez rapide: phases froides de Piora I et II (-5,200 à -4,500 ans) et de Löbben (-3,500 à -2,100 ans), séparées par le deuxième optimum postglaciaire (-4,500 à -3,500 ans) et suivies de l'optimum de l'âge du Bronze, long de deux à trois siècles; on observe ensuite des crues des glaciers tous les 150-250 ans:  au moins deux grandes crues dans la phase de Göschenen I (830-270 av. J.-C. avant l'optimum de l'Époque Romaine) [Le climat jusqu'en 1200].

Les annales historiques permettent de reconstituer approximativement les grandes variations climatiques jusqu'aux années 400 avant J.C. À cette fin, on utilise les indications fournies par les chroniques sur la date des moissons, l'extension des glaciers, de la vigne, la durée du gel hivernal... On note par exemple un optimum climatique pendant l'apogée de l'empire romain (de 270 avant J.C à 400 apr. J.C.). On assista par la suite à des crues de glaciers vers 400, 600 et 800 dans la phase de Göschenen II (400-800 apr. J.-C.). Pour la suite, le rapport quinquennal du GIEC de 1995 nous donne une estimation sur la façon dont le climat de la planète a évolué pendant les mille dernières années. Cette courbe des températures se retrouve à la Figure 5

Figure 5 - Courbe des températures depuis l'an 900
[Source: En matière de science, le scepticisme est un devoir]
Tempratures depuis l'an 900

Le climat en Islande et au Groenland [la Terre verte selon Eric le Rouge] était tout à fait agréable pendant les trois cent premières années qui suivirent la colonisation Viking: on a appelé cette période l'Optimum Climatique Médiéval.  On dit même que des palmiers poussaient en Écosse à cette époque. Selon toute probabilité, les variations solaires sont la cause de cet épisode climatique. En utilisant des isotopes de carbone 14 comme indicateur de l'activité solaire avant 1600, on a pu mettre en évidence un niveau élevé de l'activité solaire pendant la période médiévale, entraînant la chaleur du climat, et un niveau réduit de l'activité solaire pendant une période froide appelée « minimum de Sporer », vers l'an 1350.

Le climat s'est ensuite fortement refroidi, interdisant l'agriculture et faisant disparaître les forêts dans les régions nordique de l'Atlantique. Toutefois, il s'agit d'une fluctuation climatique froide à l'intérieure de l'Interglaciaire holocène, d'autant mieux mis en évidence qu'il est récent, et ne peut être considéré comme une période glaciaire.

Le Petit Âge Glaciaire est un terme qui fut employé pour la première fois a la fin des années 1930 par Mattes (1939) pour décrire une large période de temps de la fin de l'Holocene, période pendant laquelle des avancées significatives des glaciers ont été observées. Dans les revues de climatologie, ce terme est utilisé désormais pour caractériser un intervalle récent allant d'environ 1300-1450 jusqu'à environ 1850-1900, période pendant laquelle des conditions généralement froides sont observées en Europe et ailleurs.

Il s'agit d'une période centrée sur le « minimum de Maunder » (1645-1715 proprement dit), qui semble correspondre à une faible activité solaire (ses taches étaient d'ailleurs peu visibles). Elle fut marquée par une série d'hivers particulièrement rigoureux, accompagnés de disettes et de famines. Le fait observationel le plus impressionnant est la soudaine disparition des taches durant la période 1645-1715 (minimum de Maunder). La meilleure confirmation de l'existence du minimum de Maunder est donnée par l'évolution temporelle de l'abondance passée du C14 assimilé dans les troncs d'arbre. L'évolution temporelle de ce radio-isotope montre de plus que ce minimum n'est pas unique : il y a eu le minimum de Spörer (1420-1530), le minimum de Wolf (1280-1340) et le minimum de Oort (1010-1050).

Discussion

Il ressort de ce qui précède que la planète Terre a survécu à des catastrophes naturelles tout en évoluant vers l'environnement complexe qu'on connait. Il a fait très froid, il a aussi fait très chaud. Les continents n'ont pas toujours été disposés de la façon dont on les connait. La vie y a pris naissance, a évolué en complexité et a fait l'expérience de grandes extinctions.

Notre planète est faite de matière inerte et de matière vivante et elle n'obéit qu'aux lois de la physique: elle tourne autour du Soleil en un an, elle tourne sur elle-même en 24 heures, elle a un champ gravitationnel et un champ magnétique. Elle est l'hôte de la vie mais pas sa gardienne.

Ahjourd'hui, on fait face à un réchaufement climatique et on doit réagir. Réduire la production de gaz à effet de serre est une façon d'y parvenir. Certains parlent d'intervenir avec ce des technologies qu'on appelle "géo-ingéniérie". Mais, de toute façon, nous devrons nous adapter.

Annexes

Références

Lorsque j'ai débuté cette étude, je n'y connaissais rien. J'ai donc consulté de nombreuses références, j'ai beaucoup appris et je me suis servi.

  1. Planète Terre - par Pierre-André Bourque, professeur au Département de Géologie et de Génie Géologique de l'Université Laval. Il s'agit d'un cours d'introduction et de culture scientifique en Sciences de la Terre, accessible à tous, axé sur les grands et petits phénomènes qui affectent et régissent notre planète: dérive des continents, tectonique des plaques, tremblements de terre, volcanisme, changements climatiques, rôle des océans, minéraux et roches, histoire des continents et des océans, histoire de la vie sur terre, etc.
  2. L'histoire de la Terre et de la vie - un dossier très bien fait de Quentin Corey, 15 ans.
  3. Historique des glaciations et interglaciations - Les événements majeurs tectoniques peuvent totalement bouleverser le régime des températures. Selon la disposition des continents et des océans, le flux de chaleur que l’on mesure à la surface de la planète et qui traduit l’intense activité interne du globe varie totalement. Les échanges thermiques assurés par les courants marins en seront entravés d'autant, au profit de la glaciation. La calotte antarctique, par exemple, n'aurait commencé à se former que lorsque le continent s'est trouvé suffisamment éloigné du sud de l'Amérique et de l'Australie pour permettre l'établissement d'un courant froid tout autour du continent antarctique, l'isolant thermiquement. Pour les glaciations très anciennes, il faut tenir compte de la dérive des continents, qui joue un rôle essentiel.
  4. Des variations qui varient ...quand et comme il faut ! - Il en est ainsi, tout particulièrement, quand il observe que les résultats rapportés dans la littérature scientifique diffèrent franchement les uns des autres et ceci d'autant plus, quand les courbes de variations de telle ou telle donnée, abondamment publiées et médiatisées à l'extrême, s'écartent notablement de tout ce que l'on sait déjà et que l'on tient pour avéré.
  5. Fossiliraptor ransartensis - Je vous invite à venir découvrir ma passion pour le Dévonien de Belgique...et bien d'autres choses encore mais toujours dans les domaines de la Géologie, de la Paléontologie et de la Minéralogie.

 


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